Manifeste


« On ne choisit pas ce dont on a à répondre » disait Machin.

À tout prendre, nous n’aurions pas choisi la crise économique, la montée des extrêmes,
l’État d’urgence, la censure ni la télé-réalité. Et pourtant, nous choisissons de répondre à tout cela.

Nous choisissons de ne pas rester les bras croisés, les épaules baissées, le regard dans le vide. Nous choisissons de regarder par-delà tout cela et de lever le poing.
Lever le poing pour mieux frapper le désespoir en pleine face. Hurler contre le monde, mais pour aussi. Surtout pour. Le questionner, l’interroger, le critiquer. Critiquer pour reconstruire. Toujours continuer de penser l’impossible, pour le rendre possible.

Oser l’utopie. Risquer le ridicule s’il le faut. Oser le Politique. Mais ne pas faire de politique. Ne pas donner de leçon. Mais casser les préjugés, défoncer les murs, abattre les cloisons. Premières barrières à abattre : celles de notre métier, celles qui séparent la rue et la salle, le divertissement et l’artistique, l’institution et les autres.

La Grenade fait du théâtre tout terrain. Nous jouons partout.
En salle Dans la rue A l’usine Sous le préau Au salon Dans le jardin. Nous jouons pour tous. Pour tout le monde et pour n’importe qui. Pour les intellos Pour les ignares
Pour les certain.es Les gens qui doutent Pour celles et ceux qui passent Qui n’osent pas.

À la Grenade pas d’emploi, ni chez l’acteur ni chez le spectateur.
Nous sommes une troupe. Notre théâtre est citoyen et populaire.
Nous prenons à bras le corps une facette de notre société, une page de notre histoire,
pour mieux l’interroger, la bousculer, la renverser. Nous cherchons et recherchons, questionnons et débattons.
Nos créations sont collectives en ce qu’elles se font au plateau, à l’essai. L’ écriture est en direct, sans cesse retravaillée par le groupe et le monde qui l’entoure.

Nos sujets sont sérieux, mais nos formes sont poétiques et burlesques.
Elles allient le sublime et le grotesque, le drame et le bouffon, la poésie et la bonne bouffe. Notre théâtre œuvre sur les imaginations pour créer de grandes épopées.
Nous plongeons le public dans une histoire – dans notre histoire.
Nous ciselons nos récits pour mieux les interrompre (les distancier, dirait Bertolt)
à force de ruptures et de décalages, de jeux et de détournements.
Nous entrons dans l’interprétation avec le premier degré des enfants, et en sortons avec autant d’évidence. Jamais vraiment sages, nous ne nous prenons pas au sérieux, mais nous le sommes toujours, profondément.

Nos spectacles sont des palimpsestes : fourbus de citations et de références,
de couches et de surcouches. Nos farces mélangent les genres et les registres pour
ne jamais laisser les spectateurs en paix, pour ne jamais les installer, les oublier.

Nous prenons le temps, le droit et le plaisir de répondre.