Le Bal des disparu-e-s

Dernier éclat de la Commune de Paris

Dès 10 ans / Durée estimée : 1h20 / Création septembre 2020


  • Mise en scène : Soizic de la Chapelle, Lisa Robert
  • Jeu : Arthur Baratin, Anthony Liébault, Camille Roy, Pierre-Damien Traverso, Lorine Wolff
  • Création lumière et technique : Lisa Robert
  • Ériture : Soizic de la Chapelle, à partir du travail de plateau et de textes de divers auteurs-trices.
  • Graphisme, illustration : Adeline Debatisse
  • Diffusion : Helia Ronat-Mallié

Cette création a commencé dans le cadre d'un compagnonnage (dispositif DRAC) avec l’Agence de voyages imaginaires (Marseille).


Résumé

Jeanne et Eugène allaient se marier. Mais il y a quatre jours, Eugène est mort sur le front, en se battant pour la Commune. Tout était prêt : de la pièce montée aux langues de belles-mères en passant par le power-point des témoins. Alors Jeanne a décidé de célébrer ce mariage malgré tout, à titre posthume. Parce qu’il faut bien continuer à vivre, à boire et à aimer – avant de mourir. Oui, parce que ce n’est pas un jour comme les autres. Nous sommes le 21 mai 1871*, c’est le dernier jour de la Commune de Paris. Dans la nuit, les invité-e-s vont apprendre que les Versaillais sont entrés dans Paris, et qu’aucun-e n’en réchappera. Dans une semaine, jour pour jour, tout le monde ici sera mort.

*Attention, Secret d’Histoire.
Cette petite histoire du dernier mariage de la Commune est directement inspirée de la grande (Histoire). Le dimanche 21 mai, un immense concert est organisé aux Tuileries, au profit des veuves et orphelins des gardes nationaux morts pour la Commune. Tout le monde est là. On est dimanche, il fait beau, c’est la trêve. Un homme crie : « Citoyens, Citoyennes, M. Thiers avait promis d’entrer hier à Paris. M. Thiers n’est pas entré ; il n’entrera pas. Je vous convie pour dimanche prochain 28, ici à la même place, à notre second concert au profit des veuves et des orphelins ! ». Et pourtant. Les Versaillais viennent d’entrer dans Paris par la porte de Saint-Cloud délaissée par la Garde Nationale – venue assister et jouer au concert des Tuileries, justement. Tout est fini : le dimanche 28, dans une semaine jour pour jour, les dernier-e-s combattant-e-s tomberont au Père Lachaise – mais la fête bat son plein.
La naïveté absurde de cette dernière fête de la Commune nous a touchées. C’est cet instant T que nous allons vous raconter, cette seconde où les communard-e-s trinquent et chantent si fort que leur bruit couvre celui de l’approche de la mort.


Jeanne : Nous, ceux qui restent, nous n’avons plus que quelques heures devant nous pour embrasser ceux que nous aimons, bâcler notre testament si c’est la peine, et nous préparer à faire bonne figure devant le peloton d’exécution. Et moi, égoïste que je suis ! Je voudrais épouser malgré tout l’homme que j’ai aimé ! Je voudrais dîner royalement avant de partir ! Il m’est bien permis de me gargariser la gorge et le cœur avec un peu de vin vieux, avant qu’on me lave la tête ou qu’on me rince les entrailles avec du plomb ! La Commune ne sera pas perdue pour si peu… Et j’aurai eu la veine de finir comme une viveuse, après avoir vécu comme une meurt-de-faim ! Mesdames et messieurs, à votre santé !